Ubisoft est aujourd’hui une société ayant une très bonne santé financière, depuis seulement trois ans, elle diminue considérablement son endettement et donc celle-ci dégage des capacités d’endettement raisonnable lui permettant de viser des objectifs très haut. Entre 1996 et 2005, la société a su multiplier par dix son chiffre d’affaire et par cinq son résultat. En 2000, pendant que ses concurrents achètent des droits d’auteurs comme NBA, NHL, Ubisoft rachète les studios Redstorm pour 45 millions de dollars et The Games Studio et donc prend la possession de ses futures marques clés : Tom Clancy, Prince of Percia, Myst. Ceci montre une réelle prise de valeur de la société. Elle prend de plus en plus de parts de marché et c’est ce qui fait qu’en 2004, alors que la crise s’installe, Electronic Arts s’empare de 20% du capital de la société française. Alors que les fondateurs ne détiennent plus que 17%, le doute entre en compte dans les choix de stratégie et de politique de gestion. Est-ce qu’Electronic Arts veut s’emparer du contrôle d’Ubisoft ou veut il acquérir toute la société ou encore est-ce juste un placement de la firme Américaine ? Ubisoft doit elle se protéger contre une possibilité d’OPA (Offre Publique d’Achat) ou contre une possible entrée d’Electronic Art au conseil d’administration ?
Du point de vue financier, le problème est de taille car aujourd’hui, Ubisoft est le 5ème studio de développement du monde et Electronic Art et le premier. La différence entre les deux entités est énorme puisque EA peut financièrement racheter Ubisoft à tout moment tellement son capital, sa trésorerie … sont supérieur à ceux d’Ubisoft. Le gouvernement Français tente d’aider le marché en voulant accorder des crédits d’impôts aux développeurs français mais la stratégie risque d’être inutile si Electronic Arts décide de procéder à une OPA.
Politiques internes :
La société est divisée en différents secteurs qui ont des activités bien différentes. Au sein de deux métiers qui sont la programmation de jeux vidéo et le développement de nouveaux scénarios, on peut différencier 3 segments stratégiques : le jeu de téléphone portable, le jeu de console et d’ordinateur et le jeu en ligne :
- Les jeux de téléphones portables sont créés et développés par la marque LudiWap qui est dirigée par Michel Guillemot. Elle trouve son activité dans un marché émergent en pleine effervescence qui offre de plus en plus de possibilités quand aux technologies. Les téléphones portables évoluent de jours en jours et LudiWap essaie d’exploiter ces capacités le mieux possible pour fournir une qualité graphique et de performance exceptionnelle. Son ciblage vise tout les propriétaires de téléphones mobiles, le but étant de divertir dans un premier temps le consommateur lors des ses instants perdus. Bientôt, on verra apparaître un nouveau type de jeu consistant à marier les jeux de téléphones avec les jeux en ligne. C'est-à-dire que les jeux de téléphones pourront se jouer via internet avec d’autres consommateurs également connectés. Ces jeux étaient jusqu’à aujourd’hui simplistes et gratuits mais une nouvelle vague de jeux payant arrive et permettra aux utilisateurs de jouer à des jeux très longs avec des graphismes de haute définition. Il y aura donc d’ici peu de temps, deux types de jeux accessibles sur téléphone : les jeux courts sans scénario (ex : tetris ; majhonj …) et des jeux longs adaptés de jeux de consoles ou de films. Pour un prix lors du téléchargement allant de 3 à 5 euros, LudiWap propose un service vraiment pas cher et donc va permettre de développer ce marché naissant et par la même occasion va créer sa propre demande. La stratégie de LudiWap est donc une stratégie de diversification, créant un nouveau produit sur un nouveau marché.
- Les jeux en ligne dont la création revient à la marque Gameloft, qui est dirigée par Gérard Guillemot, s’est fortement développée depuis 4 ou 5 ans et est aujourd’hui un des marchés du jeu vidéo le plus prometteur car son lancement est fait donc assuré et la demande croit de plus en plus fort. Le jeu en ligne vise lui un éventail de joueur plus restreint dans les conditions mais peut être pas dans les quantités. Les utilisateurs ciblés sont les jeunes joueurs réguliers de 14 à 30 ans. Le principe du jeu en ligne est une mise à disposition d’une plateforme de jeu sur laquelle plusieurs joueurs vont se retrouver au même moment pour jouer au même jeu. L’intérêt de ce service est de facturer mensuellement un abonnement pour l’utilisation de la plateforme. Ceci permet à la marque d’obtenir des revenus réguliers et de fidéliser un peu plus sa clientèle sur les marques phares d’Ubisoft. Sur un marché croissant mais déjà existant, Gameloft propose de nouveaux produits, donc suit une stratégie d’extension par le produit. De plus en plus, une combinaison entre jeux en ligne et jeux de console est proposée : le joueur achète le jeu et peut accéder et souscrire à la plateforme du jeu correspondant pour compléter l’utilité (ex : Splinter Cell s’achète pour jouer en solitaire mais il y a aussi un mode en ligne qui est proposé pour améliorer la satisfaction de l’utilisateur). Un abonnement allant de 5 à 30 euros par mois permet à Gameloft d’avoir des revenus réguliers sans avoir de problèmes de logistiques ou de mise en production ou de délais, ce qui permet de diminuer un maximum de coûts et donc de diminuer les prix pour attirer plus de clients potentiels.
- Les jeux de consoles ou d’ordinateurs vont avoir une politique différente, puisque ceux-ci ont pour but de maximiser les scénarios dans les best seller de marques bien connues de tous comme Tom Clancy, Prince of Percia … et ont des conditions de production telles que les délais de gravure des DVD, la logistique … Ubisoft, qui est dirigé par les trois derniers frères Guillemot dont Yves le PDG de la société, réalise la conception des jeux. Sur ce marché, Ubisoft propose des marques phares sur lesquelles elle base toutes ses recherches et ses développements. Le principe va être de concevoir des jeux complets aussi bien en termes de graphismes que de performances et de scénarios. Le prix de ce bien va avoisiner les 50 euros avec parfois un supplément si le jeu possède une plateforme d’utilisation en ligne. Ubisoft va aussi se charger de développer les améliorations et les sondages qui permettent aux jeux d’être faits en fonction des attentes des joueurs. La stratégie d’Ubisoft va être une stratégie d’extension par le produit. De plus, le rachat de la licence Driver auprès d’Infogrames permet à Ubisoft de commencer à programmer des jeux de courses automobiles, qu’elle ne pouvait pas faire avant.
Politiques externes :
La politique externe de la société est la politique d’investissement et de choix stratégiques que va faire Ubisoft pour se diversifier ou pour grossir, les politiques d’acquisitions, de fusions, de partenariats … L’intérêt de la politique externe est de trouver la meilleure stratégie pour s’emparer du marché. Contrairement aux politiques internes qui avaient pour but de maximiser la qualité du produit et minimiser le coût de revient, les politiques externes vont induire le positionnement sur le marché et le ciblage des clients. Pour les dirigeants, l’indépendance d’Ubisoft est primordiale. L’éditeur tient à conserver sa totale indépendance en termes de décision et ne veut pas que l’intégration d’Electronic Arts au capital de la société ait une influence sur les décisions prises et sur les ambitions de la société. Pour le moment, Electronic Arts ne détient pas de siège au conseil d’administration et Ubisoft fera tout ce qu’elle peut pour ne pas lui en laisser. L’OPA probable d’Electronic Arts sur Ubisoft oblige Ubisoft à chercher des solutions et des dispositions pour éviter ce rachat et oblige aussi Ubisoft de tenter de récupérer ses parts en rachetant les actions qu’Electronic Arts a pu acheter en 2004.
Dans les politiques externes, on peut mentionner la ferme intension d’Ubisoft d'investir en France si les crédits d’impôts sont acceptés par la commission Européenne. Dans le cas contraire, Ubisoft profitera de son pôle au Canada qui lui permet tout de même de défiscaliser et d’économiser un maximum de capitaux.
Ubisoft qui est 3ème éditeur de jeux vidéo en Europe, 4ème éditeur en Asie et 5ème éditeur aux USA veut également renforcer ses positions pour profiter un maximum de la forte croissance prévue dans les prochaines années.
Etat financier :
Aujourd’hui, le chiffre d’affaire de la société est en forte croissance et est supérieur au taux de croissance du marché, ce qui montre que la société sait profiter de ses avantages concurrentiels. Son chiffre d’affaire avoisine les 547 millions d’euros avec une marge brute de 65% et un résultat net de 20 millions d’euros. Ce résultat a considérablement augmenté durant ces 10 dernières années et cela grâce à une gestion très ferme de la part des frères Guillemot. Mais le plus important est je pense que son endettement diminue amplement et qu’il lui permette maintenant de se créer une trésorerie importante.
Avenir et avis personnel :
Le principal et actuel problème d’Ubisoft est de trouver une stratégie permettant d’éviter l’OPA probable d’Electronic Arts. Je pense que pour éviter une OPA, il est intéressant d’acquérir ou de fusionner avec une autre entité afin d’augmenter le capital social et donc d’apporter des difficultés à la société voulant racheter de faire son OPA. Aujourd’hui, on entend de plus en plus parler d’un rapprochement voir même d’une fusion entre Infogrames et Ubisoft, ce qui permettrait peut être à ces sociétés de se prémunir contre une OPA hostile de la part d’Electronic Arts.
Je pense qu’il n’est pas intéressant d’attendre le rapport de la commission Européenne sur l’accord des crédits d’impôt car le résultat risque d’être négatif du fait que ceci ne profiterait qu’au marché français et que ça pourrait être vu comme un concurrence déloyale de la part des autorités internationales.
Une dernière solution serait peut être de profiter des bons résultats des années passées et des prévisions de croissance pour racheter des actions de la société afin que la famille Guillemot s’assure de conserver le pouvoir décisionnel de la société et de diminuer les probabilités qu’Electronic Arts ait des sièges au conseil administratif .S’il y a destruction d’actions par rachat de la société de ses propres actions, alors le pourcentage de parts détenues par les Frères Guillemot sera plus élevé.